Paul ARMA

Paul ARMA

de son véritable nom Imre Weisshaus (22 octobre 1904 à Budapest- 28 novembre 1987 à Antony) est un compositeur français, d’origine hongroise.

En effet, à propos de mon rôle de musicien, un journaliste, Félix Chevrier, va écrire dans « La Concorde » le 3 mai 1935 « Tous les grands chocs sociaux ont déterminé des talents nouveaux, des talents inattendus, ont permis de saluer des éclosions d’artistes prodigieux. Ils étonnent d’abord et heurtent un peu par leur évasion du conformisme, leurs contemporains… Dans ce besoin incessant de progrès, dans cette révolution qui tourmente sans cesse les sociétés humaines, les arts ont toujours été à l’avant-garde du mouvement et ce sont eux qui ont indiqué la voie à suivre… etc

Nouvelle connaissance, nouvelle amitié, celle de Félix Chevrier. C’est un homme d’une taille et d’une corpulence impressionnantes, chaleureux et jovial. Directeur du journal « Le Vosgien », Président des « Vosgiens de Paris », Il est aussi poète et va devenir un précieux collaborateur pour des chants contre l’injustice et pour la liberté. Nous ferons campagne ensemble et avec son ami Max Rucart, député des Vosges, pour le Front Populaire. C’est encore un de ces Français foncièrement libéraux, antiracistes, accueillants aux idées nouvelles et aux hommes d’autre part. Il m’ouvre sa maison, un petit pavillon près des Buttes-Chaumont où sa femme, aussi menue qu’il est imposant, me reçoit comme un vieil ami.

En un seul point, je déçois mon hôte : il me fait, dès ma première visite, les honneurs de l’œnothèque prestigieuse qu’il possède, en connaisseur de vins qu’il est, mais, si je suis impressionné par la chose, je ne suis – buveur d’eau et de lait – que très médiocre amateur, et m’avoue rebelle aux charmes de dégustations savantes. Il lui faut bien admettre mon manque d’intérêt pour la science qui est la sienne… et il ne m’en retire pas, pour autant, son amitié ! Félix Chevrier sait aider, par ses articles, les gens qu’il estime. Ainsi, l’a-t-il fait pour un très bon chanteur belge, Pierre Doriaan, créateur de la « Chanson théâtralisée ». Aussi, le fait-il pour moi, après divers concerts et d’une pièce qu’il a aimé il écrit :

… « Sa pièce « Qui veut la guerre » a déjà été représentée une cinquantaine de fois en France, à Genève et à Copenhague. La revue, la simple revue de cabaret, enrichie par ses accompagnements humoristiques, devient une véritable satire musicale et ses chansons de cabaret sont de petits chef d’œuvres de nerf, d’ironie et de vigueur à la fois »…(La Concorde, 3 mai 1935).

Une faute d’impression cocasse donne, dans un des journaux, ce titre : « Un maître des « cœurs » Paul Arma ». Mes amis s’amusent bien de ma nouvelle carrière de Don Juan ! Mais le journaliste a bien compris ce qui donne la force de mon travail :

« Nous vivons dans une époque de nivellement social. Nous sommes imprégnés, nous respirons une atmosphère de révolution. C’est ici qu’intervient la forte personnalité de Paul Arma. Ce musicien parfait est l’homme de notre époque. Il a senti grandir autour de lui le sentiment de révolte contre les injustices et les contradictions sociales. Fortement imprégné de matérialisme dialectique, il a tout de suite compris ce qu’avait de profond et de grand, le sentiment populaire de son temps et il l’a extériorisé en des compositions musicales concises et dynamiques à la fois »…

« Un compositeur de la classe de Paul Arma peut avoir une énorme influence sur les masses prolétariennes d’aujourd’hui au moment où elles ont conscience de vivre des heures constructives, où elles ont la prescience d’avoir découvert un idéal que les circonstances rendent plus facilement accessibles… ». (La Concorde, 7 juin 1935)

Nous faisons ensemble plusieurs chants : LA CORDE CASSE 51 , puis SUIVANT LE RAIL 52 . Ils paraissent sous forme de tirages lithographiques et ils sont souvent chantés. Pierre Doriaan les met aussi à son répertoire. C’est encore Félix Chevrier qui écrira, en 1936, le texte français du chant que je compose sur un texte allemand de Jeannette Valérie : SEID EINIG, IHR MASSEN 53 .

Vers la fin mars, commencent les préparatifs pour la « Première Olympiade ouvrière Européenne de Musique et de Chant » qui doit se tenir du 8 au 10 juin à Strasbourg. Cela fait naître en moi un projet audacieux. Je prends immédiatement nombre de contacts, j’élabore le genre, la dimension, les caractéristiques – en un mot, le principe même d’une grande manifestation autour du thème : le « chant », le chant sous ses formes les plus variées, œuvres de chansonniers, œuvres lyriques, chant choral, chants de masses. J’obtiens vite l’adhésion de la « Fédération Sportive du travail » et du « Front Culturel ». J’obtiens également – grâce à Jean-Richard Bloch – de placer ce « Festival du Chant International » prévu pour le 31 mai, dans la grande salle de la Mutualité, sous l’égide du « Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes ». En même temps, je rends plusieurs visites au Professeur Paul Langevin et son approbation est totale il sera présent.

Dès le départ, j’ai vu grand : je veux, non seulement faire chanter un nombre impressionnant de chorales et de groupes, mais aussi et surtout, réussir une unité, jusque là irréalisée, entre les groupements socialistes, communistes et apolitiques. Je pressens l’unité de 1936 !

Je tente aussi d’obtenir des solistes connus. Ma première démarche me conduit auprès de Damia, au sommet de sa célébrité. Je la vois plusieurs fois, elle me reçoit fort bien mais reste circonspecte. Finalement, c’est un refus… plein de cordialité. A la suite de plusieurs visites à René Dorin, le chansonnier montmartrois, j’obtiens un non hésitant mais qui se révèle définitif. Les échecs ne me découragent pas. L’élan et l’enthousiasme restent intacts. J’obtiens enfin des acceptations, de Nathalie Kedroff, de Robert Rocca du « Caveau de la République », de Solange Demollière, qui

malheureusement malade le jour de la fête, ne pourra être avec nous ; Félix Chevrier nous assure la présence de Pierre Doriaan.

Nous sommes 450 sur la scène le 31 mai devant 2 500 spectateurs heureux, enthousiastes, reprenant avec nous tous, à la fin du spectacle, « La Commune d’Oviedo » et « Han ! Coolie ! ».

Félix Chevrier écrira :

« Je ne connais rien de plus beau, de plus saisissant, de plus humain et de plus dynamique à la fois que « Ceux de la vie »… ». (La Réforme, Bruxelles, 22 juin).

Il avait déjà dit de l’œuvre :

« Jusqu’ici, un « Oratorio » commençait toujours par l’affirmation d’un thème suivi de variations. Arma innove un oratorio dont le premier mouvement est une variation sur le motif principal. Le second mouvement est le thème lui- même, affirmé en 63 mesures. Et le troisième mouvement est constitué par le thème principal pris à rebours de la 63 ème mesure à la première. C’est une magnifique réalisation dans la composition musicale… ». (La Réforme, Bruxelles, 5 mai).

A propos de l’ensemble de cette soirée inoubliable, il écrit encore :

« … Ce n’est pas seulement comme chef d’orchestre qu’il faut le féliciter – encore qu’il a donné là toute sa mesure d’une direction de qualité exceptionnelle – mais surtout comme animateur, et comme compositeur des chants de masses exécutés par ces ensembles. Paul Arma a enrichi l’art du chant d’une technique nouvelle des masses à la fois souple, brutale, passionnée, qui porte étonnement sur les exécutants, puis se répercute dans le public, au point de recréer, autour des chœurs, cette mystique qui fit la force des Méhul et des William dans les grandes périodes révolutionnaires, de 1789 à 1793 et de 1848 à 1851… ».

« … Paul Arma est l’homme des masses chorales. Ce grand garçon aux gestes précis donne l’impression de ne vivre que pour la musique chantée. Il possède au plus haut point : l’art d’enflammer les chœurs, de leur insuffler un idéal, de leur imposer une discipline, nécessaire, de leur donner une souplesse et une foi magnifiques… ».

(La Réforme, Bruxelles, 22/06/35).

Je suis revenu à Paris avec une grande provision d’énergie, après ces heureuses vacances. Sans tarder, je reprends mes activités et je travaille plus que jamais avec Jean-François. Je fais la même chose avec Félix Chevrier. Je les vois, l’un et l’autre, chaque jour tant j’ai de projets avec eux. Ce sont deux êtres absolument différents : ce qui manque à l’un, l’autre le possède. C’est pourquoi, en moi, ils se complètent si bien.

Tout n’est pas facile, en France, après la victoire du Front Populaire. Déjà, depuis janvier, cinquante grèves avaient éclate sporadiquement. En juin, c’est l’explosion : 12 000 grèves, 9 000 grèves avec occupation des usines (forme nouvelle de la revendication). Les travailleurs soutenus par tous les militants de gauche, demandent l’applicationimmédiate des mesures les concernant, figurant au programme socialiste. Le gouvernement de Léon Blum s’empresse de signer, en juin, les accords Matignon qui garantissent la hausse des salaires, le respect des libertés syndicales,

l’établissement de conventions collectives, la semaine de quarante heures, les congés payés.

La France a droit à la joie.

Il convient de chanter ce « Front populaire » qui est né. Félix Chevrier reprend un chant que j’avais écrit sur un texte allemand, en 1935 « Seid einig, ihr Massen ! » et en fait le chant du Front populaire : OHÉ ! PEUPLE, DEBOUT !

.Il est vendu au profit de la maison du peuple Romain Rolland, et porte, imprimé sur la couverture, cette phrase de Marc Rucard, alors député des Vosges :

Nous serons bientôt des millions à la chanter…

je dis bien, des millions !

Le quatorze juillet voit un énorme défilé entre les Tuileries et la Nation. On donne à l’Alhambra le « Quatorze juillet » de Romain Rolland. Picasso dessine le rideau de scène, Milhaud, Honegger, Kœchlin, Jacques Ibert et Albert Roussel écrivent la musique.

Roger Désormières, le chef d’orchestre, enchaîne, après la Marseillaise, l’Internationale qu’acteurs et spectateurs chantent poings levés

Le feuilleton « Naturalisation » se poursuit en mars de cette année 1939 quand je m’aperçois, tout à-coup, que je suis encore « pétitionnaire ». Car il y a plus d’un an que j’ai déposé ma demande, et depuis, aucune nouvelle. Il est vrai que, dans ma candeur, j’ai formulé ma requête sans aucune fioriture et nullement songé que certains appuis activeraient peut- être les formalités. Darius Milhaud, à qui j’en parle, s’indigne, et écrit une lettre au Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, qui précise :

« Depuis deux ans, nous suivons les efforts de la jeune organisation « Les Loisirs Musicaux de la Jeunesse » qui, sous le haut patronage de Messieurs les Ministres de l’Éducation Nationale et des P.T.T., de Monsieur le Directeur général des Beaux-Arts et de Monsieur le Recteur de l’Université de Paris, s’est donné pour mission de répandre parmi la jeunesse et l’enfance, le goût et la connaissance de la musique, moyen d’éducation et d’enrichissement des loisirs. Nous sommes redevables de la fondation de cette œuvre, que les pouvoirs publics ont ainsi encouragée, au jeune

compositeur-pianiste Paul Arma, qui dès le début s’est consacré tout entier à la tâche éducatrice, de la façon la plus désintéressée. Paul Arma nous parait particulièrement digne, par les éminentes qualités d’artiste et d’organisateur qu’il met au service de sa patrie d’élection, de la nationalité française qu’il a sollicitée… ».

D’autres signatures s’ajoutent à celle de Darius Milhaud : Maître Moro Giafferi et Léo Lagrange, Maurice Jaubert et Louis Aubert, Varagnac et Martenot, Huyghe et Jaujard, Cassou et Vildrac, Jean Effel et Roger Ducasse, Eliane Brault et Dévigne, Madame Lahy Hollebecque et Félix Chevrier, d’autres encore : vingt trois noms pour appuyer ma demande…

Une réponse évasive arrive disant que :

« dans les circonstances actuelles… patienter quelques semaines… »,

semaines qui vont conduire à des événements prévisibles, qui pour un temps indéterminé, suspendront les candidatures à la nationalité française!

Alors que j’avais presque décidé, l’an dernier, de ne plus demander ma naturalisation, impénitent, je reprends la lutte our la troisième fois ! J’écris à mon vieil ami, Félix Chevrier, en avril :

« Vous êtes le premier à qui j’annonce la grande nouvelle ( grande, naturellement pour moi, avant tout ! ) ; la décision est prise, j’ai déposé, hier même, ma demande de naturalisation.

Et si je dis « grande », ce n’est, croyez – le bien, pas sans raison intérieure. Je ne fais jamais rien à la légère ( même pas les bêtises ). Et ce n’est pas, non plus, que j’ai hésité à compléter – par une forme administrative – une chose devenue réelle déjà depuis pas mal de temps. Non. Mais il y avait quelque chose, encore inexplicable pour moi, qui m’a empêché. Et tant que cet obstacle intime existait en moi, je ne voulais pas forcer mes propres sentiments. Il y a des moments, des situations dans note vie, où nous pouvons, à la rigueur, mentir aux autres, mais jamais à nous – mêmes. Maintenant, c’est différent. Les années de l’occupation, la lutte en France et pour la France, l’impasse morale et matérielle dans laquelle se trouve ce magnifique peuple français, l’énorme besoin qu’il a de pouvoir rayonner dans le monde entier par sa culture, par sa science, par ses arts, par toutes les valeurs humaines possibles – et encore tant d’autres éléments – ont déterminé mes sentiments, ma pensée, mon avenir. Oh ! en parlant de l’avenir, on n’est, évidemment pas très à l’aise ! Mais j’ai une pensée à ce sujet, et je la conserve pour le moment : j’attends le pire, mais je suis persuadé que c’est le meilleur qui arrivera ! Voyez-vous, je n’y peux rien, je suis et je reste optimiste ».

Et Félix Chevrier me répond aussitôt : Mon cher ami,

«… J’ai toujours essayé de juger les hommes davantage sur leurs qualités que sur leur origine, et c’est pour cela qu’il m’a plu de vous appeler « mon ami ». Mais je mentirais en vous disant que la nouvelle que vous m’apprenez ne m’émeut pas beaucoup… Je suis trop typiquement français pour n’en être pas flatté…».

Avec naïveté, j’imagine que, très vite, je vais devenir Français de droit, comme je le suis déjà de cœur.

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