Autoportrait

Qui mieux que Félix pour présenter Chevrier ?

Lecture du courrier qu’il adresse à Louis Fretté qui est comme lui lorrain, et dont Katy Hazan écrit * : … un brave homme, droit et juste. Il s’est rallié au régime et jouit d’une grande considération. Il a ses entrées dans les bureaux de la légion.
Félix Chevrier est au prise avec un épineux problème qui prive son école de la meilleure institutrice du département au motif fantaisiste qu’elle ne conduit pas ses élèves au levé du drapeau … de la légion.

« Si le Moi est haïssable, son emploi est indispensable lorsqu’il s’agit de se présenter par lettre à un monsieur qu’on vient solliciter.
Je suis lorrain, né à Épinal le 25 août 1884 – je ne suis donc plus un tout jeune homme – président des vosgiens de Paris, directeur, fondateur et propriétaire d’un journal régionaliste, Le Vosgien, tué par la guerre dans sa 14è année d’existence ; je suis aussi chevalier de la Légion d’honneur, et catholique, comme tout le monde.** « 

Il a 58 ans lorsqu’il écrit ces mots et l’on notera qu’il met en avant le pays natal commun avec son interlocuteur, le journal Le Vosgien et la Légion d’honneur ! Il savait qu’en s’adressant à l’ancien officier Louis Fretté, la feuille de choux et la breloque devaient éblouir et rassurer l’homme paisible qu’il était alors. Mais il ajoute, pour convaincre le bonhomme à poursuivre sa lecture, qu’il est catholique. « Comme tout le monde » précise-t-il, autant dire qu’il est banalement baptisé et sans conviction extrême. Voilà un singulier autoportrait, tout en nuance réduit au stricte nécessaire des besoins, comme un pied dans la porte pour qu’elle ne se referme pas.

* Katy Hazan, Rire le jour, pleurer la nuit

** Félix Chevrier, lettre à monsieur Louis Fretté en date du 4 mai 1942, Extrait du journal de Chabannes

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2 réflexions au sujet de « Autoportrait »

  1. Je lis, je lis… J’aime beaucoup le design du blog, et la manière dont tu as réparti les catégories et articles. Visuellement, c’est très réussi, sobre et efficace. Quant au contenu, c’est vraiment chouette aussi.
    Bon, eh bien, y a plus qu’à dévaliser les archives.
    Quand tu en auras fini, tu me fileras Rire le jour, Pleurer la nuit.
    Quand la compilation aboutira, si elle aboutit un jour, alors je me propose d’écrire. J’ai ma petite idée sur la manière d’engager le récit… Il faudrait que ce soit une sorte d’épopée familiale, à rebours. Le seul monstre, c’est l’oubli. (Sans en faire un truc fantastique. En tout cas, il faut vraiment soigner le chapitrage. C’est mon avis.)

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